Jean-Guy Moreau et moi

Ce n’est rien. Je ne cherche pas à attirer les regards.

Je suis simplement fasciné par la vie, ses hasards et la conclusion de certains de ses chapitres.

Je ne connais pas Jean-Guy Moreau, l’homme. Je connais l’artiste, comme à peu près tout le monde. Il était, pour moi, le premier imitateur de calibre.

Je l’ai croisé au Salon du livre de Québec. Je l’ai salué, il y a deux semaines. Poliment, sans plus. J’étais gêné, intimidé par l’imitateur que j’ai regardé à la télé pendant ma jeunesse.

Si j’avais au moins pris la peine de lui dire merci…

Je me reprends, trop tard, mais je lui aurais dit ceci: "Merci Monsieur Moreau, d’avoir pavé la voie. Sans vous, pas d’André-Philippe Gagnon, pas de Pierre Verville… et probablement pas mal moins de ces humoristes qui se risquent à tenter l’imitation de politiciens, à l’occasion. Je sais pas pourquoi, mais je me sens visé par mes propos…

Alors, merci, Monsieur Moreau."

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Salon du livre de Québec

Oyez! Mes braves! Sachez que je serai au Salon du livre de Québec ce weekend.

Ça commence cet après-midi, dès 14h, puis demain samedi, dès 11h30 et enfin dimanche dès midi.

Je serai soit au stand de Michel Brûlé (129) pour y dédicacer mon bouquin Labeaume, la dictature amicale, ou encore au stand FouLire (429) pour y faire des dessins de notre célèbre Galoche.

Au plaisir de vous y croiser pour bavarder… ou pour que vous me regardiez dessiner!

Amicalement,

David

 

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The Friendly dictatorship

Hola Fidel!

Même lui s’est permis de critiquer le premier ministre Harper! Castro n’apprécie guère (guerre) les «activités minières canadiennes en Amérique latine». Et il critique également l’exploitation des sables bitumineux en Alberta, affirmant que cela causera d’«irréparables dommages à l’environnement de ce beau et vaste pays.»

Le vieil homme ajoute ne pas savoir si le Canada est «une colonie, une république ou une monarchie».

Et paf!

Non mais… il en a encore dedans le Commandante!

Il a même eu une pensée pour «le brillant et courageux» P.E. Trudeau…

Re-paf!

Le gouvernement Harper rejettera ces critiques du revers de la main. On le sait. Il ne se soucie guère (guerre) des critiques, qu’importe laquelle.

Toutefois, ce qui frappe, c’est l’idée que la critique déborde les frontières. Habituellement, c’est un peu plus gênant pour le gouvernement. Et plus difficile à cacher.

C’est peut-être le genre de gifle qui pourrait en réveiller quelques-uns. Parce que les signaux d’alarme sont nombreux et depuis longtemps. Parmi ceux qui le disent haut et fort, il y a le chroniqueur Vincent Marissal. Voyez ici quelques extraits de ses récents billets.

Le 3 avril dernier, dans sa chronique intitulée «Le mépris des institutions», il écrit notamment que le premier ministre Harper est plus pressé de célébrer la ville gagnante du concours Kraft Hockeyville 2012 que d’écrire au nouveau chef du NPD pour le féliciter, car il ne montre aucun respect pour les institutions démocratiques. Le chroniqueur met en lumière le fait que le PM a de drôles de priorités, des Royals priorités:

Il est tout de même étonnant de constater que le premier ministre du Canada accorde plus de respect aux vestiges de la monarchie britannique qu’aux traditions parlementaires du pays souverain qu’il dirige.

Les exemples d’un tel mépris s’accumulent depuis que les conservateurs ont pris le pouvoir, en 2006, et en particulier depuis qu’ils sont devenus majoritaires, en mai.

Il y a eu, bien sûr, les deux prorogations et le recours quasi systématique au bâillon pour faire adopter les projets de loi en limitant les débats. Quitte à imposer un débat limité en pleine nuit, abruptement interrompu par un (autre) bâillon, comme le gouvernement l’a fait il y a deux semaines avec sa loi spéciale interdisant tout arrêt de travail chez Air Canada.

Depuis quelques années, le ministre des Finances, Jim Flaherty, ne daigne plus présenter sa mise à jour économique devant un comité des Communes: il le fait devant les chambres de commerce. Moins de questions embarrassantes. [...] Le sort réservé aux «chiens de garde» du Parlement, comme Élections Canada ou le commissaire à l’information, fait aussi sourciller. La semaine dernière, par exemple, les conservateurs ont choisi la journée du budget pour faire témoigner le président d’Élections Canada, qui enquête sur l’affaire des appels frauduleux. [...] Cette attitude pour le moins cavalière du gouvernement fait craindre à certains l’abandon de l’une des plus grandes institutions canadiennes: l’assurance maladie (medicare).

Et puis dans la chronique intitulée «Transparence? Kessé ça?», publiée le 9 avril dernier, il écrit:

À écouter les réponses parfois farfelues de certains représentants québécois du gouvernement Harper, c’est à se demander s’ils comprennent seulement de quoi ils parlent, mais chose certaine, ils n’éprouvent aucun scrupule à dire n’importe quoi. Au contraire, ils semblent même y prendre un plaisir juvénile.

Non seulement cela ne les dérange pas de servir de traducteurs aux ministres qui ne parlent pas français, mais ils recrachent dans les médias des lignes de presse prémâchées qui ne résistent pas à la moindre analyse et qu’ils sont incapables de défendre au-delà de la première sous-question.

Cela donne des réponses absurdes teintées de mauvaise foi, de faussetés, de clichés, le tout dans un mélange d’incompétence et de je-m’en-foutisme.

[...] En plus d’être mû par une idéologie inflexible dans ses priorités, ce gouvernement affiche trop souvent un mélange d’arrogance, de nonchalance, voire carrément d’incompétence dans la conduite des affaires de l’État. Le principe de responsabilité, par contre, est en train de foutre le camp, même si Stephen Harper s’est fait élire en promettant la transparence et la saine gestion à Ottawa.

Plus le temps passe, plus on se rend compte que ce gouvernement est dirigé par un idéologue froid, tacticien redoutable et déterminé, régnant sur une bande de sous-fifres tout juste bons à répéter la bonne parole de leur chef. [...] Stephen Harper s’est fait élire en promettant le retour de la responsabilité. On assiste plutôt à la généralisation de l’impunité.

Le chroniqueur rappelle, à juste titre, le détachement des conservateurs à propos du scandale financier des F-35. On a appris que le gouvernement savait que l’achat et l’entretien des nouveaux avions coûteraient près de trois fois plus cher qu’il ne l’a affirmé. On est passé de 9… à 25 milliards! Un fiasco monstre, écrit Marissal.

Mais, pour le gouvernement, tout va bien. Personne ne prend la responsabilité. On semble oublier qu’à une époque, les parlementaires se sont battus pour obtenir la responsabilité ministérielle. Que de temps perdu…

Est-ce que ces billets du chroniqueur Marissal ont une portée quelconque? Est-ce que quelqu’un se montre sensible à ces dérives démocratiques?

Pendant ce temps, on rappelle dans Le Devoir, le 7 avril, la mort de l’organisme Droits et Démocratie… parce que le gouvernement voulait, semble-t-il, lui confier un mandat plus important.

Il n’y en a plus de mandat…

On explique que cette abolition est le «reflet d’une nouvelle ère»:

Ce n’est pas seulement Droits et Démocratie que les conservateurs ont éliminé cette semaine: c’est tout un pan de l’action canadienne en matière de politique étrangère, notent les observateurs. Une transformation qui s’inscrit dans une logique conservatrice de mieux en mieux assumée.

Le gouvernement a volontairement miné l’organisme de l’intérieur en y installant des idéologues qui lui étaient acquis. Résultat des courses: les bisbilles internes conduisent à sa disparition.

On croirait lire un roman de George Orwell…

Surtout que la raison d’être de Droits et Démocratie lui venait de son statut particulier, indépendant du gouvernement. On n’aime pas, à Ottawa.

Ce qui nous ramène au respect des institutions abordé par Vincent Marissal. En politisant ainsi les institutions fédérales, on détruit ce qui fait la force de la démocratie. Se faisant, on adopte une philosophie qui se rapproche de la vision manichéenne de Bush: vous êtes avec nous ou contre nous. Il y a le bien, le mal. Les méchants, les bons. Les zones grises, les nuances, la retenue, le recul, la perspective… très peu pour eux.

Comme si avoir confiance en la démocratie était risqué.

Dans Le Devoir, on écrit que «le gouvernement a adopté une politique d’aide liée à ses propres intérêts financiers ou politiques. C’est pour ça qu’on voit l’ACDI s’impliquer dans des projets de développement minier, par exemple. [...] L’action internationale canadienne est désormais établie en fonction de nos priorités économiques, pas en fonction de la défense véritable des droits de la personne».

Oh! Et oubliez le Centre pour l’avancement de la démocratie, promis par Stephen Harper dans le discours du Trône en 2008. C’est mort, ça aussi.

… mais on progresse dans la création du Bureau des libertés religieuses.

Ça ne vous sonne aucune cloche?

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Un texte, deux critiques…

Un blogueur du nom de Benoît Bourdeau a publié, à deux endroits différents, cette critique de mon bouquin.

Première

Seconde

Oui, c’est la même dans les deux cas. Je trouvais juste amusant de mettre les deux…

Nul besoin pour moi ici de rédiger une réplique: M. Bourdeau a apprécié mon travail.

Merci, vraiment.

Drôle comment un blogueur, solitaire, peut arriver à comprendre encore mieux mon bouquin qu’un chroniqueur de journal payé pour le faire…

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(pas) En direct de Québec…

Pas facile de faire sa place à l’écran. Parlez-en à ma troupe de Prenez garde aux chiens… nous végétons dans les corridors des dépôts de projet depuis des mois et des mois. C’est long. Trop long.

Voilà pourquoi, quand on apprend que Marc Labrèche aura été un gros 17 minutes sans émission d’humour à la télé… on a un petit pincement de coeur. Non pas qu’on en ait contre le bonhomme. Du tout. Il a ce que peu de gens ont: une touche unique.

Mais, c’est encore et toujours les 14 mêmes que nous voyons, jour après jour, à la télévision.

C’est d’autant plus décevant quand on vient de Québec, qu’on habite Québec, par choix, pour vivre dans notre ville natale de voir ce qui se dessine à l’horizon. C’est dur la télé. Particulièrement à Québec.

Pour tout dire, j’ai animé un bulletin de nouvelles pendant plus de deux ans à TQS-Québec. TQS n’existe plus. Les nouvelles non plus. Nous avions pourtant inauguré les locaux, dans St-Roch, tous excités par le look et l’emplacement. (on avait beaucoup rit, par contre, en apprenant que les responsables n’avaient pas pensé que le béton empêcherait la communication entre la salle des nouvelles et la salle des caméramans… Pas fort.)

J’ai animé une émission de politique à Québec, 1045, rue des Parlementaires. L’émission n’existe plus. Les ressources allouées par Télé-Québec à la production locale ne sont plus ce qu’elles étaient. On m’a même déjà confié, sans rire, que Télé-Québec formait désormais une relève qui ira, éventuellement, vers Montréal…

Non mais.

Un peu de combativité, bon sang!

Maintenant, c’est Radio-Canada Québec qui encaisse à nouveau les coups des choix budgétaires du gouvernement. Or, une production locale en santé n’est pas seulement bonne pour l’économie et les emplois. Elle est aussi essentielle pour la vitalité de la culture locale. Pas tellement populaire comme discours dans les corridors à Ottawa…

Il faudrait que certains perdent ce réflexe d’accepter, simplement, ce qui se passe. Ça commence parfois par de toutes petites choses. Par exemple: comment se fait-il qu’on ne décide pas de dire, à la radio de Radio-Canada Québec: « Voici maintenant vos nouvelles de la Capitale» plutôt que «vos nouvelles régionales»?

Quand on se comporte comme une capitale, on utilise un vocabulaire de capitale. On refuse de se contenter de former des gens pour qu’ils fuient vers Montréal (normal, ceci dit, qu’on puisse vouloir opter pour Montréal pour sa carrière, mais de là à accepter docilement de jouer le jeu…).

Il reste quoi? La radio? Oui, encore. Mais en télé?

Il reste Vox, qui brille comme un phare, toute seule, à favoriser encore la production locale (de la capitale devrions-nous dire). J’y ai passé 5 ans, des années de bonheur. Par chance qu’il y en a un diffuseur pour offrir une vitrine aux artistes d’ici, aux jeunes, aux acteurs politiques et économiques de chez nous, à la relève. Les moyens sont limités, mais c’est déjà ça. Ce sont les diffuseurs majeurs, comme Radio-Canada, TVA, Télé-Québec et V qui devraient briller comme des phares.

Ils en font tous, ceci dit, de la production locale. Mais, on se comprend, je crois…

Bref, c’est difficile de vivre de son métier de la télé, à Québec. C’est triste, car ce n’est pas le talent qui manque. Je connais des caméramans de génie, de vrais artistes, des techniciens compétents, des recherchistes dévoués, des journalistes qui aiment profondément leur métier mais qui ne peuvent plus en vivre…

Convergence, état des finances publiques, choix politiques, impératifs de toutes sortes… le dossier est complexe. On sait.

Ça ne veut pas dire pour autant que l’on ne peut se désoler de voir notre télé s’éteindre à petit feu.

Ça l’est.

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Homo sapiens… Homo sapeurs

Nous y voilà, encore…

Après les fourreurs de système, les incompétents, les grands talents… au tour des pompiers d’être arrosés par le fiel du maire de Québec. D’abord, mise en contexte par cet extrait de l’article publié sur Cyberpresse le 20 mars, sous la plume électronique de Valérie Gaudreau, du Soleil :

Régis Labeaume attaque en règle le syndicat des pompiers et veut «dire la vérité» sur ce syndicat qui, selon lui, «ment à plein nez».

«Ridicule», «antédiluvien», «syndicat d’Homo sapiens» qui dit et fait «n’importe quoi» : le maire s’est lancé dans une charge à fond de train contre les pompiers de Québec lundi dans une sortie bien planifiée lors d’un point de presse avant la séance du conseil municipal de lundi soir.

Bien.

Propos incendiaires? Amusant de le dire, dans ce cas précis. Du reste, il s’agit, encore une fois, d’une charge ponctuée d’insultes, armes préférées de Régis Labeaume. Pourquoi faire une sortie mesurée, élégante, respectueuse, tout en étant vigoureux et ferme, quand on peut se lâcher lousse comme on le ferait à l’abri des regards dans son sous-sol? Je vous le demande.

Intéressant tout de même de lire ce que les journalistes du Soleil en ont dit, par la suite. Car, Valérie Gaudreau nous apprend, tout comme son collègue Jean-François Cliche, que l’insulte du maire… n’en serait pas vraiment une.

Eh bin! Le maire veut baver les pompiers, mais il n’a pas réussi! Mince. Lui qui voulait pourtant si bien faire…

Homo sapiens ne serait pas une insulte. Le maire le voulait. Fort, fort. En parlant d’Homo sapiens, il voulait les traiter de préhistoriques. Mais il a raté son coup. Selon l’article du Soleil:

Or, l’Homo sapiens, c’est nous tous, soit le plus récent modèle d’humains. «Si on le prend au pied de la lettre, ça veut dire qu’il considère le syndicat comme un interlocuteur assez sage ou averti», conclut le chercheur en biologie.

Fantastique. Il les a traité d’hommes sages.

Mais on peut s’amuser avec les détails. L’Homo sapiens serait une appellation assez récente, selon ce qu’en dit le très rigoureux Wikipédia. Autrefois, pour parler de notre espèce actuelle, il fallait parler d’Homo sapiens sapiens, histoire de la distinguer de l’Homo sapiens neanderthalensis. Or, la science s’est rendue compte que neanderthalensis et sapiens étaient, en fait, deux espèces distinctes du genre Homo. L’Homo sapiens sapiens est donc devenu simplement Homo sapiens. Vous suivez?

Alors, si Labeaume ne savait pas, n’ayant pas consulté le crédible Wikipédia, que neanderthalensis et sapiens avaient été séparés, puisque distincts, il a donc délibérément cherché à insulter les Homo sapeurs sapeurs de Québec. Vous suivez toujours?

Car si le maire savait la scientifique distinction, il aurait ainsi dit quelque chose comme:

«Ridicule», «antédiluvien», «syndicat d’interlocuteurs sages» qui dit et fait «n’importe quoi»

On le voit tout de suite. Ça ne colle pas.

Alors, pour éviter tout échec futur au maire, je lui propose d’opter pour des insultes plus classiques, plus claires, moins risquées sur le plan scientifique. Faisons une chronique à la Guy Bertrand, Jedi de la langue française à Radio-Canada. Pourquoi ne pas opter pour:

«Ridicule», «antédiluvien», «syndicat de pochetons» qui dit et fait «n’importe quoi»

C’est clair. Pas d’ambiguïté.

S’il cherche des synonymes de "complètement dépassé", il aurait aussi pu opter pour:

  • Cassettes VHS
  • Commodore 64
  • iPhone 3
  • Rush Limbaugh
  • Idéologie des conservateurs

Au choix.

Avouez que ça sonnerait bien:

«Ridicule», «antédiluvien», «syndicat de commodores 64» qui dit et fait «n’importe quoi»

Ça swing, même…

Bon.

On s’amuse mais vous l’aurez compris.

Au-delà du tétage étymologique, ce qui compte vraiment, c’est l’objectif de cette déclaration. La journaliste Gaudreau parle de « sortie bien planifiée lors d’un point de presse avant la séance du conseil municipal ». C’est ce qu’il faut retenir, et non pas la joute paléontologique.

Le maire fait encore de l’insulte sa marque de commerce.

C’est regrettable, triste et totalement inappropriée. Ça ne montre pas la force de caractère. L’insulte est l’arme des faibles.

Il devrait emprunter l’échelle des pompiers, pour tenir un discours qui soit enfin à la hauteur…

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Labeaume, société et démocratie

Une critique de mon bouquin, fruit du long travail de Simon-Pierre Savard-Tremblay, est parue sur le site de L’Action nationale. Du beau boulot, honnêtement. Pour le lire, c’est ici.

Monsieur Savard-Tremblay est, lit-on sur le site de Vigile, « membre du conseil d’administration des IPSO. Militant à la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal et au Mouvement Montréal Français. Organisateur, en tant que président de Montréal-Est au FJBQ (2008-2009), de la soirée en hommage à Camille Laurin du 20 mars 2009. Actuellement responsable du contenu à l’exécutif national du Forum Jeunesse du Bloc Québécois. »

Voilà pour les présentations.

L’effort de M. Savard-Tremblay est certainement plus étoffé que le verbeux Bock-Côté, maître incontesté de la logorrhée contemplative. Bref… j’irai quand même d’une réplique.

D’abord, l’auteur affirme, à juste titre que:

« [...] une analyse sérieuse montre que la vraie forteresse de la droite est bien davantage la région de Chaudière-Appalaches que celle de la Capitale nationale, et que les radios, en dépit de leur effet amplificateur, constituent davantage la conséquence que la cause d’un certain malaise. Nous aurions tort de sur-idéologiser la ville. La soi-disant haine anti-Montréal en est davantage une de l’élite qu’elle représente, et qu’incarnait le maire Jean-Paul L’Allier. [...] La victoire de Labeaume est justement celle de l’anti-élitisme de Québec. La ville de Québec est beaucoup plus complexe qu’elle n’y parait : une très grande partie de la population travaille dans le secteur privé, et principalement dans les nouvelles technologies. Il existe donc un dynamisme indéniable à Québec, et Labeaume semble constituer le chef d’orchestre parfait pour permettre son éclosion. Labeaume, c’est l’expression politique d’une ville souhaitant retrouver sa fierté et vaincre son complexe d’infériorité de capitale négligée.»

Sur ce, il ajoute:

« Or, il n’y a aucun élément de cette analyse dans le livre de Lemelin, qui s’intéresse exclusivement au Labeaume stratège, politicien et communicateur. Cela n’est pas inintéressant en soi, mais une analyse sérieuse de la ville en elle-même est essentielle pour comprendre la popularité, et même l’adoration que suscite ce personnage coloré. »

Je ne veux pas m’avancer sur un terrain glissant, mais, à mon avis, je sais ce que j’ai écrit. Plusieurs me parlent effectivement du complexe d’infériorité et de la fierté retrouvée grâce à Labeaume. Par contre, il est vrai que je ne fais pas d’analyse sociologique de la ville. Pourquoi? Parce que, dans la vie, il faut choisir. J’ai axé le livre sur le personnage, son effet et son impact, pour faire le point sur une situation inconfortable à Québec. Le maire en mène large et le climat de peur est bien réel.

Évidemment, si l’on m’avait confié l’écriture de 560 pages, j’aurais parlé « sociologie ». M. Savard-Tremblay voit juste, car j’ai préparé ce volet lors de l’élaboration de mon plan de travail, mais j’ai été forcé de faire des choix. Ça n’empêche pas, à mon avis, de comprendre le personnage et le contexte dans lequel il sévit. Au contraire. Mais voilà certes un aspect, la sociologie, qui mériterait un futur bouquin. Peut-être m’y risquerai-je, un jour. On verra, comme dit Legault.

Lorsque Savard-Tremblay affirme que :

« [...] l’ouvrage est une collection de citations. Il oublie de mentionner qu’il interroge presque exclusivement des adversaires du maire, et que les « experts » interviewés expriment presque toujours un point de vue négatif par rapport à Labeaume. Si le fait d’offrir aux dissidents une tribune correspond en soi aux objectifs de Lemelin, qui craint que le pouvoir du citoyen ne soit en perte de vitesse à Québec, qu’il prétende qu’il s’agit d’un travail journaliste est plus douteux. Si l’auteur n’emploie pas, heureusement, un ton pamphlétaire, il cherche néanmoins constamment à prendre Labeaume à défaut »

Là, il me faut répondre.

Le journalisme, j’en ai fait pendant 12 ans. Sur le terrain. Pas dans un bureau. Je sais donc comment le travail doit être fait. Quand on fait du journalisme, on comprend que l’on cherche un équilibre dans le choix des intervenants. Or, l’objectif premier était de présenter «l’envers de la médaille», afin d’équilibrer le message ambiant. C’est écrit dans l’introduction. Pourquoi aurais-je passé la moitié du bouquin à donner la parole aux «pro-Labeaume» puisqu’on les entend, tous les jours? Le problème, c’est plutôt l’inverse. Les critiques, surtout au moment de concevoir l’ouvrage, se disaient presque toutes en chuchotant. À l’abri des projecteurs. Curieux pour une démocratie, non?

J’ai bien essayé de parler aux gens de son équipe. Il n’y a que Marc Simoneau qui a accepté. C’est pas faute d’avoir essayé. Je l’ai aussi écrit, dans l’introduction du livre. J’ai également parlé avec de nombreux gens d’affaires, des intervenants divers de la région de Québec… ils ont presque tous refusé de parler publiquement. De quoi alimenter la thèse, n’est-ce pas?
Ceci dit, ceux qui liront le livre verront bien que, dans l’ensemble, l’ouvrage est équilibré. Il insiste cependant, oui, sur les effets négatifs sur la démocratie. C’est un fait. Une démarche journalistique permet tout de même cela.

Savard-Tremblay ajoute:

« Lemelin nous décrit en effet Labeaume comme étant un politicien dans l’âme, ayant soigneusement préparé son coup à l’avance (cette interprétation ne passe malheureusement pas l’épreuve des faits). Après son élection, il est peu à peu devenu, malgré son talent naturel pour la « clip », une construction de quatre créateurs d’hommes politiques : Lyne Sylvie Perron, Paul-Christian Nolin, Louis Côté et Alain Marcoux. Or, une simple recherche sur la personne de Lyne Sylvie Perron nous démontre qu’elle a une formidable expérience dans la défaite et un penchant très prononcé pour l’échec : après avoir contribué à détruire le leadership de René Lévesque et celui d’André Boisclair, elle est parvenue à être une des deux seules candidates de l’Équipe Labeaume à rater son élection à l’Hôtel de Ville. On a vu mieux…»

Les intervenants mettent surtout l’accent sur Louis Côté, véritable stratège, selon eux. Pas sur madame Perron. J’hésiterais cependant à la cataloguer aussi brutalement dans le clan des perdants si j’étais M. Savard-Tremblay. Madame Perron peut très bien avoir de la difficulté à s’imposer personnellement, mais savoir comment mettre en valeur un personnage comme Labeaume. L’un n’empêche pas l’autre. Après une vie passée dans le marketing et les communications, on peut se permettre de penser que la dame a appris des choses, depuis le temps…

Quant au reste de ses remarques, il doit également tenir compte du fait que le livre rapporte essentiellement les impressions et les propos de différentes personnes. Ce n’est pas moi qui parle « d’état totalitaire » comme l’a noté l’auteur, mais le chroniqueur au journal Le Quotidien, Charles Cantin, qui utilise cette formule (p. 115), exagérée, on en convient, mais colorée et qui revient de temps en temps dans le vocabulaire médiatique. Je la rappelle en p. 116. Je lui suggère de relire la conclusion qui est beaucoup plus nuancée à ce propos.

L’auteur écrit également:

« L’initiative de Lemelin est louable : l’absence d’opposition est dangereuse pour la démocratie. Jusque là, nous le suivons. Cependant, si la population de Québec a choisi de n’élire que deux conseillers n’appartenant pas à l’Équipe Labeaume, peut-on vraiment reprocher à cette dernière de ne pas créer d’opposition à elle-même? Ajoutons également que les radios dites poubelles sont, depuis quelques années, en guerre contre le maire. On a pourtant dit que ces dernières étaient toutes-puissantes…»

D’abord, on constatera plus tard les effets des radios sur le vote des gens de Québec. Si on doit, en effet, respecter le verdict populaire qui a refusé de doter l’Hôtel de Ville d’une réelle opposition, notre futur bouquin sur la sociologie de Québec devrait également insister sur le type de campagne menée par le maire. Rappelez-vous: « si vous voulez un Colisée, je veux un mandat fort ». Quel effet cela a-t-il eu sur les électeurs? Ça mérite réflexion.

L’auteur peut bien s’amuser à imaginer que les rêves de grandeur de Labeaume « constituent un prix de consolation pour la ville, qui est passée à côté de son destin de capitale de pays », j’opterais néanmoins davantage pour un pessimisme ambiant qui a disparu en raison, notamment, des efforts du maire. Voilà un autre aspect à ajouter à notre futur bouquin.

Quand il écrit enfin:

«Cependant, dans un Québec en manque et en recherche de leadership, n’est-il pas réjouissant que notre capitale se soit trouvé un chef?»

En effet. Mais, pour plusieurs, il est inutile de menacer la presse, de manquer de respect envers l’opposition et les citoyens qui ne pensent pas comme lui. Là est le plaidoyer de ceux-ci: le maire pourrait faire aussi bien tout en étant respectueux.

Or, Labeaume en est-il capable?

Le doute est immense…

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