Une critique de mon bouquin, fruit du long travail de Simon-Pierre Savard-Tremblay, est parue sur le site de L’Action nationale. Du beau boulot, honnêtement. Pour le lire, c’est ici.
Monsieur Savard-Tremblay est, lit-on sur le site de Vigile, « membre du conseil d’administration des IPSO. Militant à la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal et au Mouvement Montréal Français. Organisateur, en tant que président de Montréal-Est au FJBQ (2008-2009), de la soirée en hommage à Camille Laurin du 20 mars 2009. Actuellement responsable du contenu à l’exécutif national du Forum Jeunesse du Bloc Québécois. »
Voilà pour les présentations.
L’effort de M. Savard-Tremblay est certainement plus étoffé que le verbeux Bock-Côté, maître incontesté de la logorrhée contemplative. Bref… j’irai quand même d’une réplique.
D’abord, l’auteur affirme, à juste titre que:
« [...] une analyse sérieuse montre que la vraie forteresse de la droite est bien davantage la région de Chaudière-Appalaches que celle de la Capitale nationale, et que les radios, en dépit de leur effet amplificateur, constituent davantage la conséquence que la cause d’un certain malaise. Nous aurions tort de sur-idéologiser la ville. La soi-disant haine anti-Montréal en est davantage une de l’élite qu’elle représente, et qu’incarnait le maire Jean-Paul L’Allier. [...] La victoire de Labeaume est justement celle de l’anti-élitisme de Québec. La ville de Québec est beaucoup plus complexe qu’elle n’y parait : une très grande partie de la population travaille dans le secteur privé, et principalement dans les nouvelles technologies. Il existe donc un dynamisme indéniable à Québec, et Labeaume semble constituer le chef d’orchestre parfait pour permettre son éclosion. Labeaume, c’est l’expression politique d’une ville souhaitant retrouver sa fierté et vaincre son complexe d’infériorité de capitale négligée.»
Sur ce, il ajoute:
« Or, il n’y a aucun élément de cette analyse dans le livre de Lemelin, qui s’intéresse exclusivement au Labeaume stratège, politicien et communicateur. Cela n’est pas inintéressant en soi, mais une analyse sérieuse de la ville en elle-même est essentielle pour comprendre la popularité, et même l’adoration que suscite ce personnage coloré. »
Je ne veux pas m’avancer sur un terrain glissant, mais, à mon avis, je sais ce que j’ai écrit. Plusieurs me parlent effectivement du complexe d’infériorité et de la fierté retrouvée grâce à Labeaume. Par contre, il est vrai que je ne fais pas d’analyse sociologique de la ville. Pourquoi? Parce que, dans la vie, il faut choisir. J’ai axé le livre sur le personnage, son effet et son impact, pour faire le point sur une situation inconfortable à Québec. Le maire en mène large et le climat de peur est bien réel.
Évidemment, si l’on m’avait confié l’écriture de 560 pages, j’aurais parlé « sociologie ». M. Savard-Tremblay voit juste, car j’ai préparé ce volet lors de l’élaboration de mon plan de travail, mais j’ai été forcé de faire des choix. Ça n’empêche pas, à mon avis, de comprendre le personnage et le contexte dans lequel il sévit. Au contraire. Mais voilà certes un aspect, la sociologie, qui mériterait un futur bouquin. Peut-être m’y risquerai-je, un jour. On verra, comme dit Legault.
Lorsque Savard-Tremblay affirme que :
« [...] l’ouvrage est une collection de citations. Il oublie de mentionner qu’il interroge presque exclusivement des adversaires du maire, et que les « experts » interviewés expriment presque toujours un point de vue négatif par rapport à Labeaume. Si le fait d’offrir aux dissidents une tribune correspond en soi aux objectifs de Lemelin, qui craint que le pouvoir du citoyen ne soit en perte de vitesse à Québec, qu’il prétende qu’il s’agit d’un travail journaliste est plus douteux. Si l’auteur n’emploie pas, heureusement, un ton pamphlétaire, il cherche néanmoins constamment à prendre Labeaume à défaut »
Là, il me faut répondre.
Le journalisme, j’en ai fait pendant 12 ans. Sur le terrain. Pas dans un bureau. Je sais donc comment le travail doit être fait. Quand on fait du journalisme, on comprend que l’on cherche un équilibre dans le choix des intervenants. Or, l’objectif premier était de présenter «l’envers de la médaille», afin d’équilibrer le message ambiant. C’est écrit dans l’introduction. Pourquoi aurais-je passé la moitié du bouquin à donner la parole aux «pro-Labeaume» puisqu’on les entend, tous les jours? Le problème, c’est plutôt l’inverse. Les critiques, surtout au moment de concevoir l’ouvrage, se disaient presque toutes en chuchotant. À l’abri des projecteurs. Curieux pour une démocratie, non?
J’ai bien essayé de parler aux gens de son équipe. Il n’y a que Marc Simoneau qui a accepté. C’est pas faute d’avoir essayé. Je l’ai aussi écrit, dans l’introduction du livre. J’ai également parlé avec de nombreux gens d’affaires, des intervenants divers de la région de Québec… ils ont presque tous refusé de parler publiquement. De quoi alimenter la thèse, n’est-ce pas?
Ceci dit, ceux qui liront le livre verront bien que, dans l’ensemble, l’ouvrage est équilibré. Il insiste cependant, oui, sur les effets négatifs sur la démocratie. C’est un fait. Une démarche journalistique permet tout de même cela.
Savard-Tremblay ajoute:
« Lemelin nous décrit en effet Labeaume comme étant un politicien dans l’âme, ayant soigneusement préparé son coup à l’avance (cette interprétation ne passe malheureusement pas l’épreuve des faits). Après son élection, il est peu à peu devenu, malgré son talent naturel pour la « clip », une construction de quatre créateurs d’hommes politiques : Lyne Sylvie Perron, Paul-Christian Nolin, Louis Côté et Alain Marcoux. Or, une simple recherche sur la personne de Lyne Sylvie Perron nous démontre qu’elle a une formidable expérience dans la défaite et un penchant très prononcé pour l’échec : après avoir contribué à détruire le leadership de René Lévesque et celui d’André Boisclair, elle est parvenue à être une des deux seules candidates de l’Équipe Labeaume à rater son élection à l’Hôtel de Ville. On a vu mieux…»
Les intervenants mettent surtout l’accent sur Louis Côté, véritable stratège, selon eux. Pas sur madame Perron. J’hésiterais cependant à la cataloguer aussi brutalement dans le clan des perdants si j’étais M. Savard-Tremblay. Madame Perron peut très bien avoir de la difficulté à s’imposer personnellement, mais savoir comment mettre en valeur un personnage comme Labeaume. L’un n’empêche pas l’autre. Après une vie passée dans le marketing et les communications, on peut se permettre de penser que la dame a appris des choses, depuis le temps…
Quant au reste de ses remarques, il doit également tenir compte du fait que le livre rapporte essentiellement les impressions et les propos de différentes personnes. Ce n’est pas moi qui parle « d’état totalitaire » comme l’a noté l’auteur, mais le chroniqueur au journal Le Quotidien, Charles Cantin, qui utilise cette formule (p. 115), exagérée, on en convient, mais colorée et qui revient de temps en temps dans le vocabulaire médiatique. Je la rappelle en p. 116. Je lui suggère de relire la conclusion qui est beaucoup plus nuancée à ce propos.
L’auteur écrit également:
« L’initiative de Lemelin est louable : l’absence d’opposition est dangereuse pour la démocratie. Jusque là, nous le suivons. Cependant, si la population de Québec a choisi de n’élire que deux conseillers n’appartenant pas à l’Équipe Labeaume, peut-on vraiment reprocher à cette dernière de ne pas créer d’opposition à elle-même? Ajoutons également que les radios dites poubelles sont, depuis quelques années, en guerre contre le maire. On a pourtant dit que ces dernières étaient toutes-puissantes…»
D’abord, on constatera plus tard les effets des radios sur le vote des gens de Québec. Si on doit, en effet, respecter le verdict populaire qui a refusé de doter l’Hôtel de Ville d’une réelle opposition, notre futur bouquin sur la sociologie de Québec devrait également insister sur le type de campagne menée par le maire. Rappelez-vous: « si vous voulez un Colisée, je veux un mandat fort ». Quel effet cela a-t-il eu sur les électeurs? Ça mérite réflexion.
L’auteur peut bien s’amuser à imaginer que les rêves de grandeur de Labeaume « constituent un prix de consolation pour la ville, qui est passée à côté de son destin de capitale de pays », j’opterais néanmoins davantage pour un pessimisme ambiant qui a disparu en raison, notamment, des efforts du maire. Voilà un autre aspect à ajouter à notre futur bouquin.
Quand il écrit enfin:
«Cependant, dans un Québec en manque et en recherche de leadership, n’est-il pas réjouissant que notre capitale se soit trouvé un chef?»
En effet. Mais, pour plusieurs, il est inutile de menacer la presse, de manquer de respect envers l’opposition et les citoyens qui ne pensent pas comme lui. Là est le plaidoyer de ceux-ci: le maire pourrait faire aussi bien tout en étant respectueux.
Or, Labeaume en est-il capable?
Le doute est immense…
